Myriam
Par Jean Marc Martel 
Octobre 200

Chapitre 6
 
Le plaisir physique disparu, Myriam est revenue sur terre et doit faire face à la réalité. Une fois seule, elle revoit ces moments, image par image, caresse par caresse, et elle en ressent encore le plaisir. Pourtant, un nuage s’amoncelle au-dessus d’elle. Celui de la dissimulation à Steve. Comment pourra-t-elle y parvenir ? Comment le lui cacher ? Le lira-t-il sur son visage ? Sera-t-elle encore avec lui comme par le passé ? Autant de questions qui rebondissent dans sa tête.

Assise au bord de la piscine en ce lendemain de rencontre, elle pense et repense. Elle a besoin d’être rassurée, besoin d’être conseillée. Elle a téléphoné à Jacinthe qui doit arriver d’un moment à l’autre. Elle est nerveuse, incapable de demeurer en place. Elle marche en contournant la piscine, essayant de trouver par elle-même la solution. Pourtant, rien ne va, rien ne vient lui dire comment faire, comment dire à Steve. Elle a peur, peur de le perdre, s’il sait. Un bruit de moteur attire son attention, c’est Jacinthe qui arrive. Elle coure presque à sa rencontre et se jette dans ses bras en pleurant.

— Qu’est-ce qui se passe ma chérie ?

Jacinthe la serre contre elle et l’entraîne vers la piscine.

— Aller, cesse ces larmes…
— Je suis tellement malheureuse…
— Ben voyons, pourquoi es-tu dans cet état ? Aller, assieds-toi et raconte.

Myriam raconte son aventure avec Domila, sans pour autant entrer dans toute l’intimité de leur relation. Jacinthe sourie alors que son imagination complète le non dit de son amie. Elle lui prend la main et la serre entre les siennes.

— C’est donc pour cela que tu es si malheureuse. Tu n’as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit. Bien sûr que cela te fait peur, je te comprends, mais ce n’est pas la fin du monde.
— C’est Steve qui me fait peur, je ne voudrais pas qu’il me…
— Ben non, ma chérie, il ne te quittera pas pour ça. Steve est un homme très doux, très compréhensif. Il comprendra, j’en suis certaine. Si tu veux, je peux lui en toucher un mot…
— Non, je dois le faire moi-même. Je luis dois cela, tu comprends, mais je ne sais pas comment le faire.
— Alors tu le fais le plus simplement du monde. Tu lui dis ce que tu ressentais, ce que tu voulais et ce que tu as fait. Il comprendra.
— Je n’en suis pas si certaine…Tu vois.
— Pierrot peut parler avec lui si tu veux. Il sondera le terrain comme on dit…
— Non, ne le dis surtout pas à Pierrot. Je me sentirais tellement honteuse devant lui.
— Arrête, je t’en prie. Pierrot est un homme très respectueux et jamais il ne ferait allusion à quoi que ce soit. Mais, tu sais, je ne cache rien à Pierrot. Même lorsque je rencontre une femme seule, je lui raconte tout. Cela le porte à une excitation telle, qu’il me prend avec une fougue qui lui était jusque là inconnue. Alors tu vois, nous partageons sans limite notre intimité.
— J’ai vraiment peur de la réaction de Steve. Lorsque je lui en ai touché un mot, il m’a dit qu’il y penserait et que nous en reparlerions. Pourtant, il n’est pas revenu sur le sujet et j’ai succombée. Et là, je ne sais plus comment agir. Dois-je lui dire ou pas ?
— Oufffffff ! Écoutes, je vais en toucher un mot à Pierrot et demander son avis. T’en fais pas, il n’en parlera à personne.
— Je me fie sur toi. Donnes-moi vite des nouvelles. Je ne sais plus où donner de la tête. Je me culpabilise et je sais que Steve va se rendre compte que quelque chose ne va pas. Je suis totalement incapable de lui cacher mes émotions.
— Cesses de t’en faire, je te donne des nouvelles en soirée. Allez, je me sauve, les jeunes vont crier après leur souper. Et, ce que tu as fait avec Domila n’est rien de grave. Tu as laisser parler ton corps, c’est tout. Ne vois surtout pas ça comme un affront à Steve.
— Merci, tu es gentille.

Les deux femmes s’embrassent sur les joues et se quittent. Myriam se sent soulagée, mais garde en elle cette peur, cette incertitude. Elle tente de vaquer à ses occupations, mais n’y parvient pas. Son esprit est ailleurs et elle appréhende le téléphone de Steve en soirée. Elle sait qu’il va se rendre compte. Elle ne peut pas jouer la comédie au point de lui dissimuler ce qu’elle a fait. L’heure avance et, assise au comptoir de la cuisine sur un tabouret, elle grignote une salade à contre cœur, la faim n’étant pas sa préoccupation première.

Il est un peu plus de vingt heures lorsque le téléphone sonne. Qui appelle, Jacinthe ou Steve ? Nerveusement, elle décroche et un soupir de soulagement l’envahit lorsqu’elle entend la voix de son amie.

— Écoute ma chérie, j’ai parlé avec Pierrot et ton chum lui avait déjà parlé de votre conversation sur le sujet. Et Pierrot lui a raconté ce que nous faisions. Il est certain d’avoir eu une certaine écoute de la part de Steve qui a semblé être rassuré. Mais, jusqu’à quel point, il ne le sait pas. Il croyait même que cela était régler entre vous sur ce sujet. Voilà, c’est tout ce que je peux te dire. Sauf que… moi je lui parlerais aussitôt que possible et devant l’évidence, il acceptera ce côté de toi.
— Ouin !
— De toute manière, Myriam, tu seras incapable de lui cacher. Je te connais bien tu sais.
— Je sais…
— Alors fonce, ma chérie.
— Merci encore, tu me rassures.

Les deux femmes parlent de choses et d’autres, mais le sujet brûlant revient toujours sur le tapis de la conversation, ramené par Myriam, empreinte à une inquiétude profonde.

— Je te laisse la deuxième ligne sonne, c’est sans doute Steve.
— Alors sois calme, retiens toi jusqu’à son retour à la maison. Bisous ma chérie !

Myriam pousse le bouton du changement de ligne et engage la conversation avec Steve sur des choses et d’autres. Elle se surprend du calme qu’elle démontre et de la stabilité de sa voix. Ils parlent une dizaine de minutes et se quittent sur un baiser, avec la promesse que Steve sera de retour tôt en après-midi le lendemain.

Ce soir là, Myriam fini par trouver le sommeil, épuisée d’avoir trop pensée. Cependant, sa nuit est mouvementé et elle se réveille à plusieurs occasions, sans trop savoir pourquoi. Et, il est à peine six heures du matin lorsqu’elle s’éveille pour énième fois. Cette fois, elle est incapable de retrouver le sommeil. Elle se  lève, accompagnant le soleil qui brille déjà dans le ciel. Elle prend place sur la terrasse avec un jus d’oranges frais. Les heures lui sont à la fois trop longues et trop courtes. Elle appréhende l’arrivée de Steve à tout moment.

                * * * * *  
 
Il est un peu plus de quinze heures lorsque la voiture de Steve s’immobilise dans l’entrée. Myriam se lève, et comme elle le fait toutes les fois, elle marche vers lui. Pourtant en cet après-midi, quelque chose est différent, son cœur bat à tout rompre. Elle l’embrasse dans un long baiser passionné et se laisse serrer contre lui, se sentant protégée. Et, bras autour de la taille, le couple entre à la maison. Steve dépose sa valise et son porte-vêtements.

— Je crois qu’une bonne saucette en piscine va me rafraîchir au plus haut point. Tu m’accompagnes ?

Myriam se contente d’un signe affirmatif de la tête et prend les devants en se dirigeant tout de suite vers la piscine, laissant Steve aller revêtir son maillot. Quelques minutes plus tard, le couple se retrouve dans l’eau, relaxant chacun à leur manière et pour des raisons différentes. La conversation banale s’engage dans le couple, touchant les prévisions des activités du week-end. Pourtant, Myriam est incapable d’aborder la conversation sur ce qui la touche profondément. Plus le temps passe, moins elle souhaite entamer une discussion sur le sujet. Alors qu’elle est à la cuisine à préparer le souper, Steve se détend en prenant un verre à la piscine tout en préparant son rapport de travail. Le téléphone sonne…Myriam décroche. Elle fige sur place en entendant la voix de Domila. Cette dernière lui annonce une nouvelle qui la frappe de plein fouet. « Je quitte la région de Québec et dois, dès lundi, débuter un nouveau travail dans la région de Montréal. »  Myriam l’écoute, incapable de lui parler, abasourdie par cette annonce incompréhensible pour elle.

    — Je suis désolée ma chérie. Je sais que j’aurais dû t’en parler à notre rencontre, mais rien n’était certain encore à ce moment. Je n’ai eu que la confirmation cet après-midi. Tu es la première à qui j’en parle, même ma grand-mère ne le sait pas encore.
— Que puis-je dire ?
— Je sais, je suis vraiment désolée.
— Je... te souhaite bonne chance, finie par dire Myriam en raccrochant, déçue de cette nouvelle qui la sépare définitivement de Domila.

Appuyée contre le comptoir, des larmes veulent pointer à ses yeux, mais elle les repousse rapidement. Pourquoi pleurer ? Cette femme n’aura été que de passage dans sa vie. Elle reprend sa préparation du repas, mais ne parvient pas à chasser de son esprit la conversation qu’elle vient d’avoir. Cependant, cela lui apporte une certaine lumière quant à ce qui concerne Steve. Elle sait maintenant qu’elle ne doit plus lui en parler. Comme elle ne rencontrera plus Domila, à quoi cela servirait-il de lui dire ? Peut-être qu’elle ne le refera plus jamais.

Il est un peu plus minuit lorsque le couple s’allonge sur le lit conjugal. La soirée a été agréable et Steve ne semble pas s’être aperçu de quoi que ce soit. Myriam se sent soulagée et n’a plus l’intention de dire quoi que soit. Sa décision est prise.

— Myriam…
— Oui mon chéri…
— J’aimerais te parler de ce que tu m’as confié en vacances. Tu sais au sujet de…
— Écoutes, ce n’est pas si important, lance Myriam.
— Au contraire, je crois que cela est très important pour toi. J’ai eu le temps de repenser à ce que tu m’as dit. Je ne sais pas vraiment quoi te dire, mais si cela te trouble à point, je pense que si l’occasion se présente…tu devrais…
— Tu veux dire que cela ne te dérangerait pas que je puisse avoir une relation sexuelle avec une autre femme.
— C’est un peu ça, oui. Enfin, je ne sais vraiment pas. Mais si cela peut t’apporter un bien être, alors c’est libre à toi. Cela t’appartient. Mais j’insiste sur quelque chose.
— Sur quoi…
— Je veux que tu sois prudente. Car ce qui me fait peur, c’est l’attachement que tu pourrais ressentir pour une compagne de partage. Et j’en souffrirais beaucoup si…
— Steve, mon chéri, je ne suis pas lesbienne. J’aime le corps d’une femme, mais pas au point de vivre avec une femme. Ce ne sont pas là mes intentions. Je t’aime toi et ce qu’une femme pourrait m’apporter n’est que physique. Tout ce que je souhaite, c’est de combler ce vide sexuel que j’ai découvert en moi.
— Mais, ce que je ne comprends pas, c’est comment cela t’es venu. Mais enfin, quelle importance…

Devant la réaction de Steve, Myriam voit là l’occasion de se libérer de ce qu’elle avait pourtant souhaiter garder pour elle. Comment avait-elle pu douter de Steve, de son intelligence, de son amour ?

— Je te remercie de cette confiance. J’apprécie que tu comprennes ce que je ressens, mais aussi et surtout, que tu respectes cela. Je ne sais pas où cela va me mener, mais je sais que j’en ai besoin. Et…je dois t’avouer…que…j’ai fait avec Domila.
— Tu as fait quoi, demande Steve, d’une voix douce, sans laisser percevoir une contrainte ?
— Nous nous sommes rencontrées cette semaine.
— Et...
— Nous avons fait l’amour.

Steve demeure muet, ne voulant pas brusquer sa compagne et surtout, il ne souhaite pas l’obliger à raconter. Mais, Myriam, maintenant que la porte est ouverte, raconte à Steve sa relation avec Domila, sans y omettre un détail. Steve, la tête appuyé contre elle l’écoute et, pendant qu’elle raconte, il la caresse. Le fait-il par excitation d’entendre ces descriptions sexuelles ou pour se convaincre qu’il peut encore l’exciter ? Est-il encore celui qu’elle aime et pour qui elle a envie ? De son côté, Myriam sent bien l’excitation de son conjoint, elle le ressent dans ses mains, et sur son sexe gonflé de désir et d’excitation. Lorsqu’elle a terminé, elle se glisse sous les draps et prends le sexe de Steve entre ses lèvres. La réaction ne se fait pas attendre. Quelques minutes à peine et Steve atteint un orgasme puissant, comme jamais Myriam ne l’avait ressenti venant de lui.

— Excuse-moi chérie, mais je n’en pouvais plus.
— Ce que je t’ai raconté t’a excité à ce point ?
— Bien, je pense que pas un homme ne saurait être excité par une telle description. Je t’avoue que j’y ai même pensé parfois, sauf que tu n’étais pas l’une des participantes.

Steve prend Myriam entre ses bras et poursuit ses caresses. Leurs corps s’unissent et entremêlés de mots doux, de caresses attentives, puis survient l’orgasme du couple, un orgasme profond, chaud, puissant et rempli d’amour.



              FIN

Écrire a l'auteur Jean Marc Martel