Myriam
Par Jean Marc Martel 
Octobre 2002

Chapitre 5

Les vacances vont bon train sur la routes des retrouvailles de Myriam et de Steve. La voiture roule sur la 401, de retour des chutes du Niagara, splendide spectacle qui se renouvelle à chaque visite. La température est merveilleuse, les accompagnant dans leur périple. Pour la première fois de sa vie, Myriam observe les femmes avec d’autres yeux depuis sa rencontre avec Domila. Elle se surprend à les déshabiller des yeux, à souhaiter voir leurs corps nu devant elle. Et, chaque fois, elle se culpabilise d’en être rendue à ce point troublée. Domila revient constam-ment hanter ses nuits et son sommeil, se baladant dans ses rêves sans qu’elle ne puisse la toucher. Chaque fois qu’elle s’en approche, elle disparaît entre ses doigts. Elle n’en peut plus d’être ainsi accaparée par ces fantasmes grandissants qui la tenailles quotidiennement. Comment une femme est-elle arrivée à la conduire jusque là, par sa seule présence, son seul regard, son seul toucher ? Pourquoi cela ne s’est-il produit qu’à vingt huit ans et pas avant ? Comment faire face à une situation aussi inacceptable qui ne lui avait jamais traversée l’esprit auparavant ? Comment résister à cette tentation  ? Comment la combattre ? Va-t-elle vraiment y succomber ? Va-t-elle avoir le courage de faire, de réaliser ce fantasme ?

               * * * * *
    
Le repas du soir est servi dans la salle à manger où ont pris place le couple de Myriam et de Steve. Les plats semblent succulents et l’odeur qu’ils dégagent ouvrent l’appétit de Steve. Pour sa part, Myriam n’a pas vraiment faim. Son bouleversement intérieur est trop profond, trop brisant, trop humiliant aussi. Elle doit se libérer de tout cela, elle le doit pour elle, pour Steve, afin de reprendre une vie normale.
    
Le souper s’écoule, s’étirant d’un long service à n’en plus finir. Steve tient la conversation sans arrêt, exprimant à sa compagne ses nouveaux projets, ses nouvelles vues sur leurs vie, son envie de partager avec elle leur amour en donnant la naissance à un enfant qui  ferait grandir leur couple.

— Tu ne sembles pas d’accord, ma chérie ?
— Je ne sais pas. Nous sommes encore jeunes et nous pourrions profiter encore un peu de notre liberté.
— Je vois que ta décision est prise, lance Steve d’une voix qui ne cache pas sa déception.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit, Steve. Je sais, nous en avons discuté des dizaines de fois. Mais tu sais, pour moi, avoir un enfant, c’est une lourde responsabilité. Toi tu n’es jamais là, mais moi, chaque jour je devrai, à la fois, être la mère et le père.
— Alors tu n’as pas écouté ce que je t’ai dit tout à l’heure.
— Je ne comprends pas…
— Myriam, mais où es-tu ?
— Désolée, je suis vraiment désolée. J’ai les idées ailleurs…
— Je vois…
— Non chéri…
— Bon, si nous allions prendre une petite marche. Les gens commencent à nous regarder d’une drôle de manière.
— Bien, se contente de répondre Myriam qui se lève de table, laissant devant elle un dessert inachevé.
    
Le couple passe à la caisse et Steve signe l’addition. Ils sortent de l’hôtel et emprunte un petit sentier piétonnier, ouvert par un éclairage tamisé. Et, main dans la main, ils déambulent lentement sans que ni l’un ni l’autre n’ouvre une discussion. Finalement…

— Steve, pour ce qui est de vouloir un enfant, c’est certain que je voudrais fonder une famille avec toi. Mais, comme je te disais, je m’y refuse tant que tu devras voyager de la sorte. Je ne m’en sentirais pas le courage. Et…
— Attends, avant de poursuivre, j’aimerais te dire quelque chose, d’accord ?
— C’est comme tu veux, mais je ne reviendrai pas sur ma décision.
— Pourquoi être aussi drastique. Tu refuses carrément sans même avoir attendu ce que j’ai à te dire. Avant de partir du bureau, jeudi dernier, j’ai eu une petite entrevue avec le grand patron. Il se pourrait bien, que d’ici un mois ou deux, je prenne charge du bureau des ventes. Ce n’est rien de confirmé et…
— Steve, ce serait magnifique, lance Myriam en se rapprochant de lui.
— Tu sais, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu sois heureuse. Tu es pour moi une compagne que j’aime profondément et rien ne pourra m’empêcher de te rendre possible le bonheur auquel tu as droit. Pourtant, depuis quelques temps, je ne te sens pas heureuse comme par le passé. Ai-je fait quelque chose qui t’a déplu ?
— Non Steve. Je suis un peu perturbée, c’est tout.
— Si nous en parlions, qu’en dis-tu ? Je ne veux pas te forcer à me raconter. Peut-être est-ce quelque chose qui t’es intime. Je ne sais pas.
— Oui, c’est très intime. Beaucoup plus que tu ne le crois et j’hésite parce que j’ai peur. J’ai peur de ta réaction. Il m’arrive quelque chose qui me chavire, qui me bouleverse au plus haut point. Et, je ne sais pas comment te dire, je ne sais comment l’exprimer. Je suis toute retournée, toute mêlée.
— Tu aimes un autre homme, lance Steve d’un seul coup ?
— Nonnnn ! Ce n’est pas ça. C’est toi que j’aime Steve. Il n’y a pas d’autre homme dans ma vie mais…
— C’est justement ce mais, qui me fait peur si tu hésites à ce point. Tu es malade, tu as une maladie quelconque ? Je ne sais plus moi, je te regarde et je ne te reconnais plus. Tu es pensive. Je te sens loin de moi même lorsque nous faisons l’amour. Même là tu as changé. Je ne cesse de me questionner. J’en suis rendu à me culpabiliser.
— S’il te plaît, arrêtes. Tu n’y est pour rien, mon chéri.
    
Myriam se place devant Steve, appuie sa tête contre sa poitrine et pleure doucement.

— Qu’est-ce qui peut te faire autant de peine, murmure Steve ? Je t’en prie, fais-moi confiance. Nous avons toujours tout partagé.
— Steve, je suis si malheureuse…
— Je ne comprends pas, je ne comprends pas Myriam, ma chérie.
— C’est justement, il n’y a rien à comprendre. C’est complètement fou.
— Que peut-il y avoir de si fou dans ta vie pour tu sois dans cet état ? Je suis là, nous avons une belle maison, j’ai un excellent travail, nous avons des amis merveilleux. Que te manque-t-il à ce point ? Tu veux reprendre le marché du travail, c’est ça ?
— Non, pas du tout Steve, pas du tout, cela n’a rien à voir. C’est plus que ça. Tu es assez intime avec Pierrot je crois. C’est un bon copain pour toi.
— Oui, Pierrot est un ami auquel je tiens.
— Vous parlez de choses intimes à vos couples parfois ?
— Pas vraiment, que des choses courantes, du travail, des sports, enfin nous parlons d’un peu de tout. Mais pourquoi cette question ? Pierrot a quelque chose à voir avec nous  ?
— Non, ce n’est pas Pierrot. C’est plutôt Jacynthe.
— Ah bon ! Et en quoi Jacynthe est-elle impliquée  ?
— C’est tellement difficile à te dire, mon chéri, tellement difficile.
— Écoutes, ne te sens pas obligée de le faire si tu n’en as pas envie. Je comprendrai que tu veuilles avoir ce secret pour toi seule. En autant bien sur que cela ne touche pas notre couple, je suis prêt à ne pas savoir.
— Tu es tellement gentil. Non, Steve, je dois t’en parler. Tu as le droit de savoir. Steve, j’aime une femme…
— Quoiiiiiiii !
— Non, attends…Je me suis mal exprimée. Ce que je veux dire, c’est que j’ai rencontrée une femme. Et depuis ce temps, je suis toute chamboulée. Je ne me comprends plus.
— Tu l’aimes d’amo…
— Nonnnnnnnnnnn ! Steve. Pourquoi est-ce si difficile ? Steve, je ne l’aime pas d’amour, ce serait fou. Je ne l’aime pas avec mon cœur, mais avec mon corps.
    
Myriam explique à Steve sa première rencontre avec Domila, puis la deuxième rencontre. Elle lui parle de tout ce qu’elle a ressenti, tout ce que représente Domila pour elle, toutes les envies sexuelles qu’elles provoquent en elle. Elle lui explique toute l’attirance que son corps a pour cette jeune femme, toutes ses réactions face à Domila. Steve écoute, sans mot dire. Lorsqu’elle a terminée, Myriam pleure à chaudes larmes sur l’épaule de Steve demeuré muet. Puis…
— Pourquoi t’être fait autant de mal ma chérie, pourquoi ?
— Si tu crois que c’est facile pour une femme d’avouer ça à son mari, détrompe toi.
— Mais ce n’est pas la fin du monde ma chérie. Ta réaction en est une absolument normale. C’est connu ce genre d’attirance.
— Quoi ? Toi tu connais ça ?
— Disons que je ne connais pas ça, comme tu dis. Mais je sais que ces choses là existent. Que des femmes partagent leurs vie avec d’autres femmes. Le lesbianisme, c’est courant de nos jours.
— Je ne te parle pas de lesbianisme, je te parle de faire l’amour avec une femme. De toucher son corps, de le sentir sous mes mains, sous ma bouche. Je te parle de le caresser, d’en obtenir un plaisir charnel, sensuel, sexuel. J’en ai une si forte envie que je ne sais plus comment me contenir. Dès qu’elle est là, je perds tous mes moyens, elle me fige. Je la regarde et je la dévore des yeux, ça ne m’est jamais arrivé auparavant Steve. Ca me fait si peur. Je voudrais lui toucher pour assouvir mon excitation. Partager mon corps avec elle …
— Ouffffffff ! Je ne sais plus que répondre. Je ne me serais pas attendu à cela de toi. Écoute, laisse-moi le temps de digérer tout ça. Profitons de nos vacances. Nous en reparlerons un peu plus tard, si tu le permets.
    
                  * * * * *   
 
Les vacances de Myriam et de Steve sont terminées depuis déjà une semaine et le sujet, qui préoccupe la jeune femme, n’a toujours pas été abordé par son conjoint. Et, presque tous les jours, elle s’est rendue sous le gros érable, au bord du petit ruisseau, à la recherche de celle qui la dévore. Un œil furtif vers la maison de la grand-mère n’a pas donné plus de résultat.
    
Myriam est désemparée. Où est donc cette femme ? Et, par un après-midi où elle n’a pas le cœur de se rendre visiter son endroit secret, elle roule sur l’autoroute en direction du restaurant où elle sait travailler Domila. Nerveuse et déterminée, elle pénètre dans le fast food de la chaîne internationale et demande un jus frais. Ses yeux de promènent rapidement vers les cuisines mais, Domila n’y est pas. Assise à une table totalement inconfortable, elle demeure là à siroter son verre, espérant la voir entrer prendre son quart de travail. Elle remarque une jeune commis qui se rend à la toilette et elle va la rejoindre. Dès que la jeune fille quitte l’abri intime, elle…
— Bonjour, vous allez bien, lance Myriam ?
— Merci, oui, et vous ?
— Moi je fais face à un petit problème et vous pourriez sans doute m’aider. J’étais venue voir Domila et, je me rends compte qu’elle ne travaille pas.
— Je suis désolée, mais Domila ne travaille plus ici. Elle est maintenant  au restaurant le Shadow. Ca fait déjà, mon doux, plus de deux semaines, je crois.
— Mais vous savez où se trouve ce restaurant ?
— Je crois que c’est dans le nouveau centre commercial tout près d’ici. Vous savez celui qui a ouvert ses portes il y a quelques semaines…
— Merci, je sais. Vous êtres très gentille. Merci de votre aide, j’apprécie beaucoup.
    
Myriam quitte la salle de toilette et, sans retourner à sa table, quitte les lieux. Et, quelques minutes plus tard, elle entre au Shadow un restaurant salle à manger, mais à service rapide. Sans être le grand luxe, il est dans le style moyen de la restauration, abordable à tous. Elle se rend à une table et y prend place. L’endroit est presque vide en ce milieu d’après-midi. Une serveuse, sans doute près de la cinquantaine, avec un sourire agréable, lui offre le menu. Myriam y jette un œil rapide. La dame revient vers elle quelques minutes plus tard, carnet de commande en main et…
— Qu’est-ce que je peux vous offrir ? demande-t-elle en souriant.
— Je ne prendrai qu’un jus de pommes très froid, s’il vous plaît.
    
Lors que la serveuse place le verre devant Myriam, cette dernière risque le tout pour le tout.

— Vous pouvez me dire à qu’elle heure Domila prend elle son service ?
    
La femme regarde sa montre…
    
— Elle devrait entrer pour le quart de dix sept heures.
— Merci de votre gentillesse…
    
Myriam a encore plus d’une heure à attendre. Elle ne peut pas demeurer là toute seule. Elle avale son jus et quitte les lieux. Elle marche nonchalamment dans le centre commercial, mais revient toujours en direction du restaurant. Elle jette un regard sans intérêt aux vitrines, déambulant d’un pas lent. Puis, elle s’immobilise brusquement. Ses yeux ont repéré une silhouette au loin. Les battements de son cœur s’accentuent. C’est…Domila. Myriam ressent une chaleur intense envahir son corps. Elle voudrait courir vers elle, mais ses jambes refusent d’obéir pendant un long moment. Puis, la porte se referme sur la jeune femme qui est entrée dans le restaurant. Le moment de surprise passé, Myriam marche d’un pas décidé vers l’endroit où son rêve, où son cauchemar a disparu. Elle s’arrête près de la boutique voisine et, se positionnant lentement à la jonction des deux commerces, elle tente de voir à l’intérieur du restaurant. Mais, le verre fortement teinté l’empêche d’y voir ce qu’elle souhaite. Elle a repris son calme. Elle regarde sa montre. C’est dans vingt minutes que Domila prendra du service. Rassurée, elle reprend sa marche dans le couloir central du centre et ne voit personne d’autre que le visage de Domila. Les gens la croise, lui font un sourire amical, mais elle ne les voit pas, obsédée qu’elle est.
    
Il est dix sept heures cinq minutes lorsque Myriam ouvre la porte. Domila lui tourne le dos près du comptoir de service. Elle semble être la seule serveuse en poste. Myriam se dirige vers une table quelque peu isolée et y prend place. Déposant sa bourse près d’elle, elle attend, serrant ses mains nerveusement sous la table. Domila l’a vu…
    
Domila marche avec son déhanchement habituel, comme si elle flottait à quelques centimètres du plancher. En s’approchant, un large sourire apparaît sur son visage et Myriam voit briller ses yeux. De plus en plus nerveuse, Myriam se place une main sur le rebord extérieur de la table, afin de se contenir.

— Bonjourrrrrrrr ! lance Domila à moins d’un mètre de la table.
    
Myriam lui décoche un sourire nerveux, mais ses yeux ne peuvent s’empêcher de projeter une toute autre émotion.

— Comment vas-tu ? lance Domila, maintenant tout proche. Elle s’avance lentement et appuie le bas de son ventre contre la main de Myriam, en la fixant droit dans les yeux.
    
Myriam voudrait retirer sa main, mais elle en est incapable.

— Bonjour, Domila, tu vas bien, fini par dire Myriam ?
— Bien sur que si, reprend Domila, en se retirant de quelques centimètres. Elle a eu conscience de l’effet sur Myriam et ne veut pas que quelqu’un d’indiscret puisse remarquer le geste qu’elle vient de poser.
    
Myriam retire lentement sa main, serrant ses cuisses l’une contre l’autre, sentant la chaleur envahir son corps, l’excitation investis son sexe. Elle rougit.

— Je suis si…contente de te revoir.
— Tu m’as manqué aussi, tu le sais, lance Domila. Mais, je changeais de travail, j’ai déménagé et toutes sortes de petites choses qui ont faites que je ne suis pas retourné chez grand-mère. Je n’ai pas pu te retrouver à notre rendez-vous. Excuse-moi, mais je ne savais pas où te rejoindre alors... Mais je me proposais d’y aller dès demain. Tu seras au bord du ruisseau ?
— Oui, j’y serai à t’attendre, reprend Myriam qui s’est calmé de ses émotions.
    
La jeune femme commande un repas léger composé d’une salade, gardant ses yeux fixés dans ceux de Domila. Des messages passent entre elles, des messages puissants, intimes. Leurs yeux se parlent avec douceur et envie se faisant des caresses mentales. Domila quitte la table et Myriam l’observe s’éloigner. Elle regarde chaque centimètre de son corps, comme si elle le caressait, ce qu’elle désire avec une telle force qu’elle en serre ses mains entre ses cuisses.
    
Le repas terminé, Domila apporte la facture, alors que la salle commence à se remplir de clients pressés. Une autre femme s’est jointe à Domila pour le service, une femme que Myriam n’a pas regardée. En remettant la facture, Domila caresse l’intérieur de la main de sa complice dans un geste rapide imperceptible de personne, mais profondément ressenti par Myriam. Elle quitte le restaurant. Elle se sent légère, heureuse, comblée.
 
                 * * * * *
    
Il est six heures du matin lorsque Myriam ouvre les yeux. Une déception se lit sur son visage, lorsqu’elle entend tomber la pluie par la fenêtre demeurée entrouverte. Son cœur se serre. Elle imagine Domila ressentir la même chose qu’elle.
    
Myriam, remonte les couvertures, replie les genoux contre son ventre et ferme les yeux. Et, une à une, toutes les images qui se relient à Domila défilent dans sa tête, les unes après les autres, comme un film au ralenti. Elle bloque sur les images qui la font trépider. Elle ressent intensément toutes les émotions que Domila provoquent en elle. Elle déguste chaque partie de ce corps qu’elle voudrait bien tenir entre ses bras. La chaleur augmente en elle avec une force telle qu’elle ne peut retenir ses mains, les joignant à son esprit torturé par cette femme. Elle les laissent se balader sur son corps, poussant jusqu’à son ultime envie de satisfaction devant le visage de Domila qui l’observe, puis la prends doucement. Myriam laisse échapper un puissant gémissement lorsqu’elle touche finalement son clitoris. Sa main s’agite, ses doigts se resserrent, ses jambes s’entrouvrent  laissant place à la liberté du plaisir à consumer. Son ventre bouge dans des spasmes irréguliers, tous ses nerfs et ses muscles se joignent à son esprit, à son fantasme, à ses images qu’elles projettent comme si elles étaient la réalité. Elle s’imagine tenant Domila contre elle dans un partage intense. Elle sent ses mains sur sa peau, parcourir tout son corps. Et, dans une libération totale de son  intensité, elle hurle presque sa jouissance partagée avec celle qui la possède. À bout de souffle, elle se retourne sur le ventre, la tête enfouie dans son oreiller, asséchant ses yeux qui n’avaient pu retenir ses larmes de plaisir. Et, le sommeil vient de nouveau la cueillir.
    
Il presque dix heures lorsqu’elle ouvre à nouveau les yeux. Le soleil ne relui pas dans sa fenêtre. Le temps est sombre et lourd. Elle se lève, passe sous la douche et s’habille. Elle coiffe ses cheveux, pose un léger maquillage et descend à la cuisine se préparer à déjeuner. L’odeur du café termine de la réveiller. Deux rôties avec un peu de fromage viennent compléter le repas léger. Elle se rend à la porte d’entrée et y ramasse le journal du matin. Sans trop regarder, elle tourne les pages les unes après les autres, sans que son intérêt ne soit retenu par la moindre nouvelle. Elle se lève, replace un peu le désordre laissé depuis quelques jours. La maison doit être propre pour le retour de Steve.
    
Dehors, la pluie a cessé de tomber, mais le soleil ne se pointe pas le bout du nez. Lorsque quatorze heures sonne à la grande horloge, son attention est aussitôt attirée. Elle prend son parapluie et quitte la maison. Les nuages sont encore lourds au-dessus de sa tête, mais elle ne peut se retenir d’aller jusqu’à son ruisseau. Elle marche rapidement, recevant au passage des gouttelettes d’eau, tombant des feuilles des arbres, la faisant chaque fois sursauter. Arrivée sur place, elle observe les environs, et pas âme qui vive. Appuyée contre son arbre, elle écoute la douce musique du ruisseau qui joue pour elle. Elle se sent bien, heureuse malgré le fait que Domila n’y soit pas.
    
Après un long moment, elle reprend son parapluie et s’apprête à quitter. Au loin, elle entend prononcer son nom. Elle lève les yeux et sans trop de conviction, elle regarde dans la direction du sentier utilisé par Domila. Elle est là, la main se balançant dans un bonjour. Myriam est figée sur place pendant que Domila s’approche dans de grandes enjambées. Elle saute le ruisseau et s’arrête en glissant sur le sol, tombant presque dans les bras de Myriam. Leurs yeux se croisent et des étincelles se rejoignent. Elles n’ont pas et ne ressentent pas le besoin de parler. Domila s’approche davantage, au point que sa poitrine touche Myriam. Leurs respirations s’entremêlent, leurs lèvres s’entrouvrent légèrement et, les yeux rivés, elles appuient leurs lèvres l’une sur l’autre dans un baiser très léger que Domila interrompt. Elle glisse son visage sur la joue de Myriam, caresse son cou de ses lèvres chaudes, humant le parfum de ses cheveux. Puis, lentement, elle ramène sa tête en laissant glisser ses lèvres sur la joue et rejoint celles de Myriam. Une chaleur jamais ressentie monte en Myriam et, lorsque Domila appuie fortement sa bouche contre la sienne, leurs bras se lèvent et entourent le corps de l’autre. Et, dans un baiser premier, la fougue s’empare de Domila qui pénètre sa langue dans la bouche de sa compagne, l’enveloppant de la sienne. Leur salive épaissie, presque bouillante de désir, se mêlent entre elles pendant que de petits gémissements de plaisirs intenses s’échappent. Leur corps sont soudés, comme leurs bouches. Les mains de Domila ont soif de ce corps nouveau et désiré. Elle le parcoure de haut en bas, de bas en haut dans de longues caresses. En remontant sur le corps de sa compagne, elle insère les pouces entre elle et touche les seins de Myriam qui ne peut retenir un gémissement.
    
Leurs bouches se séparent, mais leurs yeux sont encore soudés. Domila passe le revers d’une main sur la joue de Myriam et pose délicatement ses lèvres sur celle de sa compagne. Leurs mains se rejoignent, s’entremêlent, se serrent entre elles, se transmettant le plaisir d’être enfin réunies. Lorsque se séparent leurs mains, Domila remontent les siennes sur les bras de Myriam, la frôlant doucement et, de ses pouces, lui caressent les seins. Myriam renverse sa tête vers l’arrière, offrant toute entière sa poitrine. Mais Domila n’insiste pas, préférant glisser à nouveau ses mains sur les bras, les descendant jusque sur les cuisses qu’elles touchent lentement. Puis les remontant, elle les insèrent sous le gilet de coton imprimé de Myriam, touchant une partie de son ventre, glissant sur ses côtes, y traînant ses ongles courts et, n’en pouvant plus de se retenir, elle enveloppe les seins de Myriam de ses longues mains. Entre le pouce et l’index, elle tournoie avec de petites pressions sur les bouts durcis. Se penchant, relevant le vêtement, elle les découvre à ses yeux et y approche la bouche. Doucement, elle pose ses lèvres chaudes sur le mamelon du sein gauche, le serre légèrement entre ses lèvres. Elle y pose sa langue, qu’elle bouge dans tous les sens sur ce fruit délicieux et intime de Myriam qui gémit de ce plaisir nouveau. Puis, Domila touche le second sein, y prodiguant les mêmes caresses buccales. Ses lèvres charnelles se promènent sur la peau de Myriam l’excitant davantage. Et, dans un mouvement lent, elle lui retire son chandail et le laisse choir au sol. Elle serre la jeune femme contre elle, sentant la chaleur de son corps la transpercer. Les mains de Domila remontent sur les épaules, pétrissant la peau et s’enfouissant sous les cheveux. Elle griffe délicatement le cou de Myriam et provoque des frissons qui la parcourent sur tout le corps.
    
Domila se recule de quelques pas, soulève lentement son chandail et découvre ses seins ronds et généreux au regard de Myriam qui ne bouge pas, stupéfaite devant cette beauté qu’elle lui envie. Domila prends les mains de Myriam et les pose sur sa poitrine créant ainsi un contact intense. La jeune femme ne peut se retenir de masser la peau douce et chaude, sentant sous ses doigts la dureté du sein. Elle s’avance et y colle son visage, goûtant la chair. Sa bouche parcoure les seins, sautant de l’un à l’autre sans pouvoir s’arrêter, de peur de les perdre trop rapidement. Ses lèvres se serrent sur les mamelons, sa langue traîne, sa bouche suçote pendant que ses mains couvre la peau sans arrêt, comme si elle découvrait quelque chose d’incroyablement délicieux. Domila lui relève la tête et…

— Calme toi, calme toi, ma chérie, je suis là. Je ne partirai pas.

Myriam s’arrête presque déçue d’avoir été ainsi interrompue. Domila la prends par les épaules et tout doucement la renverse vers l’arrière, afin de l’allonger sur le sol encore détrempé. D’une main, elle ramasse les chandails et le étends maladroitement sous le dos de Myriam qui se laisse étendre. Seins nus, bras au-dessus de la tête, Myriam ferme les yeux, s’abandonnant toute entière. Elle sent le liquide du désir couler entre les lèvres de son sexe excité.

Domila s’agenouille au dessus de Myriam, se penche lentement et laisse ses seins toucher la peau de sa compagne. Puis, elle pose à nouveau ses lèvres sur la bouche de Myriam qui la prend avec fougue. Elle serre Domila contre elle dans un élan presque vorace, goûtant sa bouche et son corps comme elle ne l’avait jamais fait avec un homme. Domila s’étend de tout son long et tourne sur elle-même, entraînant Myriam sur elle sans que leurs bouches ne se séparent. Myriam, à son tour, renverse Domila et la ramène sur elle. Leurs bouches se quittent quelques moments et Domila, se portant sur ses genoux chaque côté du corps de Myriam, lui caresse la poitrine. Les yeux fermés, la jeune femme savoure ce moment rêvé tant de fois. Domila pose sa bouche sur un sein et de ses lèvres, serre le mamelon avec une pression intense pendant qu’elle caresse l’autre de sa main. Myriam gémit de ce plaisir sensuel, se laissant prendre par cette femme qui a si souvent comblée ses envies intimes.

La pluie a recommencée à tomber et frappe maintenant les corps enlacés des deux femmes qui roulent l’une sur l’autre dans un désir grandissant de se donner entièrement. Myriam n’ose pas, préférant laisser Domila la prendre et ainsi connaître cette douceur. Domila traîne sa bouche sur le corps mouillé par la sueur et la pluie, elle pince la peau de ses lèvres, griffe légèrement de ses ongles, masse le ventre, tournoie sa langue autour du nombril, et retire finalement le short et le sous vêtement de Myriam. Sa bouche gourmande vient se poser sur les lèvres de sa compagne qui gémit au contact. De ses mains, elle entrouvre les jambe de Myriam et se gave les yeux de ce sexe féminin encore vierge du toucher d’une femme. Sa bouche glisse sur les cuisses, mordillant la peau, la couvrant de baisers et descend jusqu’aux pieds. Elle retire les espadrilles, sans défaire le lacet, et promène son visage sur ce pied délicat, Et, sans prévenir, elle mordille les orteils de Myriam qui cri son plaisir et sa surprise. Dans des gestes langoureux, elle couvre les pieds les pavant de baisers. Puis, elle les pose sur ses seins, insérant ses mamelons entre la grosse orteils et la suivante et masse se seins d’une légère pression du pied.

Domila dépose les jambes de sa compagne sur le sol détrempé par la pluie qui ne cesse de tomber, ruisselant sur leurs corps. Elle se lève et prend place au-dessus du corps de Myriam. Elle retire le reste de ses vêtements et nue, sous le regard rempli du désir de Myriam, elle commence à se caresser dans de longs mouvements de ses mains sur son corps. Elle capture l’un de ses seins, le relève et le porte à sa langue. Lentement, elle la tourne sur le mamelon, l’excitant davantage alors que ses yeux regardent fixement ceux de Myriam qui voudrait bien se relever. Mais, Domila place son pied devant la poitrine de Myriam l’enjoignant ainsi de demeurer allongée. Myriam envie Domila de pouvoir s’adonner à ce plaisir de lécher son propre sein. Elle ne pourra jamais y parvenir quoiqu’elle fasse d’effort.

Domila promène ses mains sur son corps bronzé par le soleil, ruisselant par la pluie, et pose une main sur son sexe qu’elle entreprend de caresser. Son doigt pénètre entre ses lèvres et glisse lentement sur son clitoris, alors que son visage se marque de rictus de satisfaction. Myriam avance ses mains et…

— Non, tu ne te touches pas…ordonne Domila.

Déçue, Myriam repose ses main sur son ventre le crispant de retenue pendant qu’elle regarde sa compagne glisser sur son sexe des doigts agiles et connaisseurs. Jambes écartées, Domila se donne du plaisir, enviée par Myriam qui l’observe dans chacun de ses gestes, l’accompagnant dans chacun de ses gémissements. Elle languit de désir, mais elle est fascinée par Domila. Elle regarde l’eau de pluie qui vient couler sur la chatte de Domila, dégoûtant sur son ventre. Elle s’imagine que, mêlée à cette pluie, le bouillon de désir de Domila coule sur elle. Ses jambes se serrent sur son sexe, ses cuisses tentent de le frotter l’enserrant entre elles d’un pression qui l’excite davantage. Soudain, Domila s’agenouille, abandonnant les caresses de son corps. Elle recule sur ses genoux et descend maintenant son visage vers le sexe de Myriam poussée dans une montée d’excitation sans mesure. Aussitôt que Domila pose sa bouche sur les lèvres de Myriam, cette dernière laisse échapper un cri de satisfaction, cette satisfaction d‘être enfin prise. La langue de Domila s’insère entre les lèvres, touchant le clitoris au passage, faisant sursauter le corps de Myriam qui voudrait être rassasié. Myriam ouvre ses jambes tant qu’elle le peut, afin de le livrer à Domila, et soulève ses fesses pour augmenter la pression de la bouche. Un cri s’échappe lorsque Domila pénètre sa langue dans l’antre du désir de Myriam qui veut la jouissance intense tant attendue. Mais Domila refuse de lui donner ce plaisir immédiatement, elle veut la porter au maximum de l’intensité avant de la faire exploser dans l’orgasme. Les doigts de Domila caresse Myriam dans son intimité et la pénètre, alors que ses lèvres se referment sur le clitoris, le tirant dans une succion sensuelle. Elle sent que Myriam arrive au sommet et la délaisse pour aller rejoindre sa bouche, préférant la laisser se calmer. Elle glisse sa cuisse dans l’entre jambe de Myriam et l’appuie contre le sexe de cette dernière qui aussitôt resserre ses jambes et poussant son bas ventre dans des élans de caresse sur la peau de Domila. Leurs bouches se savourent et enserrée l’une contre l’autre, elles roulent sur le sol vaseux couvrant leurs corps d’une boue brunâtre qui se fait délayer par la pluie qui augmente en intensité. L’appétit de Myriam est sans limite, son corps est empreint de l’énergie du désir intense, de la satisfaction de ce corps féminin qui se frotte à elle, qui la possède.

Lorsque leurs bouches se séparent finalement, Domila reprends le contrôle et se tourne pour offrir son propre sexe à l’appétit de Myriam alors qu’elle même se rend prendre celui de sa compagne. Leurs mains cabriolent, pétrissent, serrent et savourent sur le corps de l’autre. Leurs bouches se gavent du délice de prendre l’autre et, dans un presque consentement mutuel, elles grimpent vers le sommet de l’orgasme. Leurs gémissements de l’accomplissement s’entendent dans la lourdeur de l’humidité, couvrant presque le ruissellement de l’eau qui coule à proximité, alors que le clapotis de la pluie accentue les sensations sur leur peau. Ensemble, dans un élan mutuel et complice, elles se donnent l’une à l’autre dans un orgasme qui résonne autour d’elles. Dans la jouissance extrême, elles roulent sur elles-mêmes, se couvrant de boue et, à bout se souffle, comblée dans leur désir, elles restent immobiles pendant un long moment.

Puis, Domila, épuisée, se laisse glisser sur le sol. Et, main dans la main, elle reprenne leur souffle, leurs esprits…

Après un très long moment…

— Merci, Domila, parvient à échapper Myriam.
— Non, merci à toi ma chérie, reprend Domila.
— Je suis heureuse d’avoir partager cela avec toi, tu sais.
— Je le souhaitais aussi depuis la première fois que je t’ai vu.

Elles restent là, nues, allongées sous la pluie fine qui tombe sur leurs corps satisfaits, un sourire sur le visage, l’émotion encore à fleur de peau. Puis, Domila se lève, aide sa compagne à faire de même et mains dans la main elles se rendent près du ruisseau, le seul témoin de leurs ébats. Et, mutuellement, elles se nettoient, Leurs cheveux sont trempés, leurs corps reluisant sous la pluie. Leurs mains ne peuvent s’empêcher de caresser l’autre et… leurs bouches se rejoignent à nouveau. Un baiser profond s’ensuit, goûtant leur langue, mais aussi se donnant le message d’un doux plaisir, d’un remerciement réciproque. Ce baiser, qui n’en fini plus, active leur corps, réveille à nouveau les sensations du désir charnelle. Leurs corps se frôlent, leurs poitrines s’excitent pendant que leurs mains vagabondent l’une sur l’autre. Elles entendent presque les battements accélérés du cœur de l’autre. Leurs mouvements deviennent de plus en plus vifs, de plus en plus précis dans leurs touchés, la fièvre remonte en elles et la résistance disparaît dans un accueil de l’autre, afin de partager à nouveau leurs désirs. Et, pendant un long moment, elles partagent leur intimité, se couvrant de caresses, de baisers, des gestes qui contribuent à faire exploser le désir de l’une comme de l’autre. C’est Domila, qui la première atteint l’extase de la jouissance, de l’orgasme sublime, qu’elle accompagne d’un long cris déchirant le silence de ce lieu qui dorénavant sera le gardien de leur secret.
La pluie a cessé et Domila poursuit les caresses sur le corps de sa compagne qui, comme un bûcher dont la flamme explose, échappe à son tour un roulement de sons incongrus dans l’accomplissement suprême de son orgasme. Et, comme un volcan en éruption, elle laisse échapper sa larve de cyprine dans la bouche de celle qui l’a transportée encore une fois vers le sommet de la jouissance. Domila se relève et colle son corps encore bouillant contre celui de Myriam empreinte de convulsions et de spasmes. Elles ne font plus qu’une dans ce moment d’une saveur indescriptible. Des larmes s’échappent des yeux de Myriam. Les larmes de la jouissance coulent sur ses joues pendant que Domila la regarde avec un doux sourire. Les reflets de leurs yeux disent ce qu’elles ressentent, transmettent ces mots que leurs bouches ne peuvent exprimer.

Domila regarde sa montre et au même moment, le soleil apparaît dans le ciel, venant y mettre encore plus de beauté. Il frappe leurs corps et elles se tournent vers lui, pour le regarder, comme pour lui dire merci d’être venu les saluer.

— Je dois partir, murmure Domila.
— Je serais demeurée ici éternellement avec toi, reprend Myriam en lui tenant la main.
— La réalité nous rattrape et le travail m’appelle. Je dois y aller sinon je serai en retard.
— On se revoit quand, risque Myriam ?
— Bientôt, ma chérie, bientôt.
— Tu veux mon numéro de téléphone ?
— Je l’ai déjà…
— Et tu…
— Non, je ne t’ai pas appelé. Je voulais que cela se passe comme c’est arrivé entre nous. Je ne voulais pas d’un rendez-vous.
— Comme tu veux…reprend Myriam, d’une voix qui démontre sa déception.
— Myriam, ma chérie, ce qui s’est passé entre nous, pour moi, c’est quelque chose de merveilleux. C’est quelque chose que je ne fais pas souvent, mais lorsque je le fais, je veux que cela soit comme ce fut aujourd’hui.
— Ce qui veut dire que tu ne sais pas lorsque nous nous reverrons…
— Oui, tu as tout compris. Le hasard nous mettra sur notre route et si cela doit se reproduire, cela se reproduira.
— Tu…va revenir au ruisseau ?
— Je ne sais pas, sans doute que oui.
— Bien, je t’y attendrai tous les jours.
— Non Myriam, agis comme tu le faisais dans le passé, et le destin se chargera de nous réunir. Maintenant, je dois te laisser.

Domila pose ses lèvres sur celles de Myriam et encore une fois, la remercie avec chaleur, douceur et tendresse. Leurs mains se laissent et Myriam se sent abandonnée en regardant s’éloigner Domila. Ses longues enjambées la conduisent vers le boisé où elle disparaît sous les arbres, ceux là même qui ont été les témoins de ces moments merveilleux. Ils se referment sur elle, la dissimulant au regard de Myriam. Les vêtements trempés, Myriam, tête basse, marche vers sa maison.

chapitre 6