Myriam
Par Jean Marc Martel
Octobre 2002
Chapitre 4
Steve est reparti depuis la veille pour aller parcourir
son territoire. Myriam s’est allongée au
bord de la piscine, profitant des doux rayons du soleil.
La température a atteint un degré d’humidité
quasi insupportable. La jeune femme, assise un livre à
la main, tente de lire un roman débuté depuis
plusieurs jours. Son esprit est ailleurs. Elle ne parvient
pas à se concentrer, à s’imprégner
de cette histoire qui, pourtant, avait attirée
son attention dès le début. Elle est encore
troublée de sa dernière rencontre avec Domila
et, surtout, de son rendez-vous manqué. La nuit
dernière, elle est encore une fois venue la rejoindre
dans son sommeil, pour la conduire dans des ébats
sexuels qui l’ont captivé. Domila s’était
infiltrée jusqu’au plus profond de son esprit
et pris le contrôle de ses rêves comme dans
sa réalité, se glissant également
dans sa relation intime avec Steve. Elle se surprend à
jouir avec lui, mais c’est Domila qui tout fait
exploser, qui provoque maintenant cette nouvelle excitation.
Elle se culpabilise chaque fois davantage, se refermant
ensuite sur son secret. Myriam la voit, la sent, la ressent
partout. Comment pareille chose pouvait-elle se produire
? Serait-elle de ces lesbiennes inavouées comme
déjà lu dans un de ces livres ? Serait-elle
comme ces femmes qui, tout au long de leur vie, ont ressenties
ce besoin d’une autre femme, sans pour autant oser
le reconnaître ? Ces femmes qui s’étaient
mariée pour combattre ce qu’elle trouvaient
anormal, contre la nature de la société
dans laquelle elles vivaient. Bien sur, elle admet que,
comme beaucoup de femmes, ce goût de voir le corps
nu d’une autre femme l’avait toujours attiré.
De là à le toucher, le partager dans une
relation intime, c’était une autre affaire
à laquelle elle n’avait jamais eu de réels
désirs jusqu’à aujourd’hui.
Pourtant, depuis sa rencontre avec Domila, les choses
avaient changé, évolué. Elle ne voyait
plus cela comme un léger fantasme passager, mais
plutôt comme quelque chose qui était devenue
presque obsessionnel. C’est pourquoi, depuis quelques
jours, elle s’était refusée le plaisir
de se rendre au bord de son ruisseau, là où
tout avait commencé. Son havre de paix était
devenu l’enfer de son désir secret. Et, chaque
fois qu’elle s’arrêtait pour se détendre,
l’image de Domila lui apparaissait, là, devant
elle, devant ses yeux, troublant chaque fois son corps
et son esprit. Domila l’atteignait jusqu’au
tréfonds de ses entrailles. Elle provoquait en
elle des choses incroyables, des choses qu’elle
avait cru jusque là quasi impensables, des choses
profondément troublantes. Elle ne parvenait tout
simplement plus à faire disparaître Domila
de son esprit, là où une certaine crainte
l’avait aussi rejointe, une forme de peur qu’elle
ne pouvait pas s’expliquer. Elle ne trouvait aucune
réponse à ses questions et, lorsqu’elle
croyait y être parvenue, une autre question surgissait
pour à nouveau la confondre, faisant surgir le
doute jusque dans son jugement.
Au cours du week-end, elle s’était même
surprise à presque souhaiter le départ de
Steve plus rapidement que prévu, afin d’aller
tenter de rejoindre Domila. Et, maintenant, elle se refusait
le droit de retourner en ce lieu où elle savait
peut-être la retrouver. Elle aime Steve plus que
tout au monde, et voilà qu’elle s’était
permise d’outrepasser cet amour, de le trahir, poussée
par le simple désir du corps d’une autre
femme, celui de Domila. Comment avait-elle pu faire pareille
chose ?Pourquoi ?
* * * * *
Myriam est tirée de ses pensées obscures
par l’arrivée d’une voiture dans l’allée
qui conduit à la maison. Elle entend la portière
qui se referme et, main en appui sur son front, dissimulant
ses yeux aux rayons du soleil, elle reconnaît sa
meilleure amie, Jacynthe.
Jacynthe est une femme charmante, approchant la quarantaine,
avec un très joli petit minois, sans être
vraiment belle. Toujours maquillée et vêtue
avec le goût de la dernière mode, elle savait
dissimuler les imperfections de son corps de mère,
qui a mis au monde quatre enfants. Sa peau, étirée
par la maternité, n’avait pas reprise sa
fermeté mais, pour Myriam, Jacinthe était
plus que cela. C’était sa meilleure amie,
sa confidente lorsque le besoin se faisait sentir. Et
là de la voir s’approcher d’elle dans
ce moment de noirceur et de bouleversements, elle sent
son cœur soulagé. Cette présence lui
fait déjà du bien.
— Bonjour ma chérie, lance Jacynthe dans
un long criaillement.
Myriam se lèvre et marche à la rencontre
de la femme qui lui sourit et lui ouvre les bras. Elle
s’y blottit, sans arrière pensée,
heureuse de s’y sentir réconfortée
et protégée. Jacynthe connaît bien
son amie. Elle ressent que quelque chose ne va pas devant
le comportement plutôt anormal de Myriam. D’habitude,
des bisous sur les joues suffisaient à la bienvenue,
mais jamais cette intensité d’un rapprochement
n’avait été démontré.
— Alors ma chérie, comment vas-tu, demande
Jacynthe ?
— Je vais très bien et je suis si heureuse
de te revoir.
— Tu es certaine que tout va bien ?
— Bien sur, reprend Myriam, en détournant
la tête.
— Nonnnnn…Tu ne me la feras pas à moi.
Je te connais trop bien. Toi tu me caches quelque chose,
j’en suis certaine.
— Sans doute un peu de cafard depuis le départ
de Steve hier. J’en ai marre de me retrouver toujours
seule à cœur de semaine. J’aimerais
tant qu’il fasse comme tout le monde, qu’il
rentre tous les soirs à la maison.
— Ohhhh ! C’est nouveau ça…
Jamais tu n’avais eu ce genre de réflexion
jusqu’à ce jour. Si je me rappelle bien,
tu t’accommodais très bien du fait de te
retrouver seule.
— Oui, je l’avoue, mais les choses changent
dans la vie. Dis, je t’offre un rafraîchissement
? Ca me ferait du bien à moi aussi. Je crois que
j’ai pris un peu trop de soleil. Sans attendre une
nouvelle question, Myriam se lève et marche vers
la maison à la recherche d’un breuvage. Quelques
minutes plus tard, elle revient d’un pas rapide.
Elle transporte un petit cabaret, sur lequel sont posés
deux verres et un pot de jus de fruits. Les glaçons,
ajoutés au jus, miroitent comme des diamants sous
les rayons du soleil et laissent s’échapper
un léger tintement en se frappant contre le verre.
Myriam dépose le tout sur la table basse de la
terrasse et verse deux verres.
— Délicieux ce petit jus, dit Jacynthe après
l’avoir goûté du bout des lèvres.
— C’est un simple petit mélange maison,
fait de fruits frais.
— Alors… raconte moi ce qui ne va pas, lance
Jacynthe. Et surtout, ne me dis pas qu’il n’y
a rien. Je te connais trop bien.
— Je peux te poser une question très franche
?
— Et pourquoi tu te gênerais ?
— Disons que…c’est un peu personnel.
— Cesses de tourner autour du pot. Toi tu me caches
quelque chose, reprend Jacynthe avec un petit sourire.
— Tu aimes encore faire l’amour à Pierrot
?
— Bien sur que si, pourquoi cette question
?
— Non…ce n’est pas ce que je voulais
dire. Je me suis mal exprimée, excuse-moi.
— Myriam, Myriam…va donc droit au but.
— Bon d’accord ! Je suis très troublée
en ce moment. Je ne sais plus où j’en suis.
— Tu n’aimes plus Steve, c’est ça
?
— Non…Steve n’a rien à y voir.
C’est autre chose…
— Tu t’es décidée à avoir
un enfant ?
— Non plus, reprend Myriam en souriant.
— Alors, c’est quoi ? Tu vas finir par t’expliquer
à la fin…
— Bon d’accord, je vais essayer, mais ce n’est
pas facile.
— Commence toujours et on verra ma chouette.
Devant les encouragements de son amie, Myriam lui raconte
ce qui la tourmente à ce point. Jacynthe ne peut
retenir un sourire devant l’embarras de sa compagne.
— Ne te moques pas de moi, lance Myriam…
— Non ma chérie, je ne me moques pas de toi.
Tu rappelles simplement de vieux et agréables souvenirs.
— Je ne comprends pas…
— Continues, je t’expliquerai plus tard.
Myriam reprend son récit, mais exclus certains
détails, qu’elle juge un peu trop personnels.
Quelque chose la tracasse devant la réaction de
Jacynthe. À sa grande surprise, cette dernière
ne semble pas scandalisée devant ses propos, ce
qui l’encourage à poursuivre. Lorsqu’elle
semble avoir terminée…
— Et c’est simplement cela qui te chamboule
à ce point ?
— Tu ne trouves pas que c’est suffisant ?
— Ma chérie…Te crois-tu vraiment la
seule femme à avoir eue ce genre de réaction,
ce genre de fantasme ? Ces choses existent depuis belle
lurette tu sais. Bon, écoute, je ne voulais pas
t’en parler par crainte de te froisser, mais ce
que je vais te dire devra demeurer entre nous. C’est
promis ?
— C’est promis. Tu le sais bien.
— Bon ! Au risque de te déplaire, je dois
t’avouer que j’ai déjà goûter
à une autre femme.
— Quoi ?
— Eh oui ! Surprise n’est-ce pas ?
— Surprise… le mot est bien faible. Toi tu
as…
— Oui moi, j’ai… ricane Jacynthe en
faisant une mimique enfantine.
— Ouffffffff ! Heureusement que je suis bien assise,
lance Myriam dans un soupir qui ne cache pas sa surprise.
Je n’en reviens tout simplement pas. Tu m’as
dissimulé ça pendant toutes ces années.
— Tu sais, Myriam, ce ne sont pas des choses que
l’on crie sur tous les toits. Il y a aussi le fait
que je ne voulais pas être jugée par personne,
encore moins par toi.
— Tu veux bien me raconter ?
— Si tu le souhaites vraiment.
— Oui, je veux savoir.
Jacynthe lui fait le récit de ses premiers fantasmes
envers une autre personne du même sexe, remontant
jusqu’à son adolescence. Puis sa première
rencontre réelle, n’excluant pas les gaucheries
et la gêne qui l’avaient assaillies au moment
de passer à l’acte, mais aussi la culpabilité
qui l’avait envahie après l’acte. Myriam
était renversée d’entendre cela de
la bouche même de sa meilleure amie depuis les dix
dernières années. Elle n’arrivait
pas à se faire à l’idée que
Jacynthe avait fait tout ce qu’elle racontait si
simplement. Beaucoup de ces choses lui semblaient si personnelles
à son vécu, qu’elle en demeurait bouche
bée, incapable d’interrompre Jacynthe. Lorsque
cette dernière termine son récit…
— Eh bien ! Là tu me déconcertes.
Je n’arrive tout simplement pas à y croire.
— C’est en gros ce que je vis depuis toutes
ces années, termine Jacynthe.
— Moi qui croyais que…
— Tu croyais quoi ?
— Que…que…tu n’avais presque plus
de relations.
— Tu croyais vraiment cela ?
— Bien…c’est certain qu’on en
parlait pas beaucoup. Enfin, je n’osais pas t’en
parler. Pour moi, c’est un sujet assez délicat
et très personnel à chacune.
— Maintenant tu sais. Pierrot et moi sommes très
heureux dans cela et c’était notre secret.
Mais, comme tu m’avais raconté ce que tu
vivais en ce moment, j’ai voulu te démontrer
que tu n’étais pas la seule dans cette situation.
— Je ne peux que te dire merci. Tu m’enlèves
un sacré poids des épaules. J’en étais
rendue à me demander si j’étais normale.
Si je ne commençais pas à devenir un peu
folle. Si je ne me détachais pas de Steve.
— Nonnn…Ce que tu vis fait partie de la vie,
de la nature. Maintenant que tu sais, que vas-tu faire
?
— Je…je ne sais vraiment pas. Je n’ai
pas revu Domila depuis plusieurs jours. Elle m’avait
fixé un rendez-vous, mais elle n’est pas
venue. Je t’avoue que j’ai été
très déçue, mais là c’est
passé.
— Tu veux dire…que tu ne voulais plus la revoir.
— C’est un peu ça, oui. Et toi, que
me conseilles-tu ?
— Malheureusement, je ne peux pas te conseiller
sur cela. La décision de poursuivre ou non t’appartient
entièrement.
— Tu sais, ça me gêne vraiment. Je
ne sais vraiment pas où j’en suis. Je me
sens attirée par cette jeune femme, mais je me
refuse de faire ce genre de choses avec elle. Je ne suis
pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une…
belle femme. Ma poitrine est presque ridicule. Non, je
n’oserais pas.
— Myriam, es-tu vraiment sérieuse quand tu
me dis çà ?
— Ne me fais pas croire que tu n’as pas remarqué
que je n’avais pas de seins.
— Ce serait te mentir en effet, ricane Jacynthe,
en jetant un regard sur la poitrine toute menue de son
amie.
Elle s’approche, jette un œil rapide autour
d’elle et avance sa main. Elle découvre le
sein de Myriam et…
— Regarde ma chérie. Regarde ton sein. Tu
vois, il est petit, mais combien ferme, regarde sa rondeur.
Et ce bout tout à fait délicieux. Hummm…et
qui réagit bien en plus.
Jacynthe touche le seins de Myriam, le contournant de
ses doigts en lui démontrant la beauté sensuelle
de son galbe et la sensibilité de son mamelon à
se dresser au moindre toucher. Puis, sans que Myriam fasse
le moindre geste sauf de poser son regard sur sa poitrine,
elle referme le maillot de bain de cette dernière.
— Tu es complètement folle, tu sais…
lance Myriam en riant.
— Maintenant, regarde bien.
Sans la moindre gêne, Jacynthe ouvre sa blouse,
laissant apparaître une poitrine généreuse
enveloppée dans un soutien-gorge débordant.
Elle glisse les mains derrière son dos et détache
son sous-vêtement libérant du coup ses seins.
Et soulevant son soutien gorge pour le retenir avec son
menton, elle se montre entièrement à Myriam.
Et, dans un geste doux, elle porte ses mains sous ses
seins, les soulèvent, puis les laissent retomber.
— C’est une poitrine comme cela que tu voudrais
? Tu vois, j’ai allaité mes quatre enfants,
alors je ne dois pas m’attendre à avoir une
poitrine extraordinaire. Mais, tu vois, je l’aime
bien, malgré le fait qu’elle soit un peu
molle à mon goût, lance Jacynthe en riant,
tout en replaçant son soutien-gorge. Laisse-moi
te dire que j’envie ta poitrine, Myriam. J’aimerais
que la mienne soit comme toi. Et puis, tu as vu mon corps.
Ce n’est pas celui d’un mannequin de dix huit
ans. J’ai quarante deux ans, je n’ai plus
vingt ans. Tu vois ces bourrelets, tu vois, regarde. Et
toi tu as ce genres de choses ? Non, ton corps est magnifique.
Tes fesses sont rondes et fermes, ta taille est mince
et tu es très bien proportionnée.
Je t’envie parfois tu sais, mais je sais me contenter
de mon corps et d’autres s’en contente aussi.
— On ne peut pas dire que tu y es allée avec
le dos de la cuillère.
— C’est ça, s’accepter telle
que l’on est. Bon, maintenant je me sauve. Il se
fait tard et les enfants vont rentrer pour s’empiffrer
et je ne serai pas prête.
— Merci pour tout. T’es un amour, lance Myriam
en se serrant très fort contre son amie, avant
qu’elle ne monte en voiture.
Elle la regarde s’éloigner, alors que tout
ce que lui a confié Jacynthe lui bourdonne à
l’esprit. Celle qu’elle avait toujours cru
pénarde dans son petit foyer de mère de
famille exemplaire, l’avait bouleversée.
Elle venait de découvrir en cette femme, une autre
femme qui lui avait été dissimulée
pendant toutes ces années. Maintenant, elle comprenait
beaucoup de choses chez Jacynthe. Celle qui était
toujours souriante, toujours prête à aider.
Celle qui semblait vivre un bonheur dont elle n’avait
pas soupçonné les pourquoi. Celle qui élevait
ses enfants qu’elle adorait et son Pierrot contre
qui elle était toujours, lui prodiguant des caresses
affectueuses, même devant ses amis. Myriam comprenait
beaucoup de choses maintenant, même si tout cela
ne venait régler ses propres sentiments, ses propres
émotions. Pourtant, une certaine forme de soulagement
l’avait gagnée. Les confidences de son amie,
lui avait ouvert les yeux sur cette culpabilité
qui la tiraillait et qui, après tout, n’avait
pas lieu d’être selon Jacynthe. En regardant
l’automobile s’éloigner sur la route,
elle sourit et, comme une jeune adolescente heureuse,
elle rejoint le bord de la piscine en se balançant
les bras.
* * * * *
Le lendemain, Myriam travaille à l’extérieur
à l’entretient de ses fleurs et s’arrête
un moment. Elle regarde le boisé qui la sépare
de son lieu de refuge et une forte envie l’envahit.
Y trouverait-elle Domila ? Elle laisse tout tomber
et en courant, elle rejoint la maison et passe sous la
douche. Enroulée dans une large serviette, elle
brosse ses cheveux, refait son maquillage et enfile un
short agençant un gilet dont l’encolure très
évasée descendait entre ses seins qu’elle
laisse libre d’un soutien-gorge. Et, le cœur
remplie de joie, elle dévale l’escalier et
referme la porte derrière elle. Chaussée
d’espadrilles, elle marche d’un pas rapide
vers le petit sentier menant à ce lieu, maintenant
devenu celui de son fantasme, celui de son secret. Rapidement,
elle atteint le petit ruisseau et ses yeux se promènent
partout, à la recherche de celle qui fait battre
son cœur dans de nouveaux mouvements empreints de
sensualité. Parvenue au pieds de son arbre préféré,
là où Domila avait touché son genou,
là où elle lui avait tendu la main, là
où elle lui avait offert la vue de ses seins, c’est
pourtant la déception. Domila n’y est pas.
Elle est seule. Déçue pour la seconde fois,
elle s’assied au pied du gros arbre, ne pouvant
retenir ses yeux de parcourir le bord du ruisseau à
la recherche de celle qu’elle espérait revoir.
Les minutes s’écoulent, puis presque deux
heures, sans que Domila ne se présente à
son endroit préféré. Croyant l’avoir
manqué, Myriam se lève et saute d’une
pierre à l’autre pour atteindre l’autre
côté de la rive. Elle doit savoir, elle doit
voir, elle doit y aller.
Elle gravit la petite pente, marche rapidement le sentier
à peine débroussaillé traversant
le boisé et atteint finalement l’orée.
Ses yeux explorent avec rapidité les alentours
de la maison, mais personne, pas de voiture, Domila n’y
est pas. Les larmes presque au bord des yeux, le cœur
serré, elle rebrousse chemin d’un pas lent
et lourd de sa déception. Elle regagne sans intérêt
sa maison et se laisse choir sur une chaise longue. Recroque-villée,
elle ferme les yeux et part à la recherche des
images de son secret qu’elle a partagé avec
sa meilleure amie. Mais tout s’embrouille dans son
esprit, les images qu’elle voit s’estompent
comme dans un nuage poussé par le vent, comme si
elle les échappaient. Elle ne parvient pas à
se concentrer suffisamment pour les retenir et les goûter.
Et, mains jointes entre ses cuisses, elle s’endort.
* * * * *
Il est presque dix sept heures lorsque le téléphone
la réveille. Elle décroche et, d’une
voix endormie, elle répond.
— Allo…
— Myriam, c’est moi. Tu dormais ma chérie
?
— Bonjour toi ! Quelle belle surprise tu me fais.
En effet, je m’étais endormie au bord de
la piscine. Comment vas-tu mon chéri ?
— Je vais très très bien et toi ?
— Je vais bien, la petite routine habituelle quoi…
— Dis, j’ai une surprise pour toi.
— Vite…dis-moi.
— Je rentrerai jeudi au lieu de vendredi. Je viens
de signer un très lucratif contrat et je peux me
permettre de prendre un petit congé supplémentaire.
Tu es contente ?
— Ouiiiiiiiii…Je suis heureuse.
— Alors on va pouvoir partir en vacances dès
vendredi matin, pour un semaine en amoureux.
— C’est merveilleux, je suis toute énervée.
La conversation se poursuit dans le couple, mais Myriam
a les idées ailleurs. Dès que Steve a raccroché,
un doigt sur les lèvres, elle pense à Domila.
Elle sera dix jours, dix longues journées sans
savoir si elle est venue pour la voir, si elle pense à
elle. Il ne lui reste plus que deux jours avant que Steve
n’arrive. Peut-être pourra-t-elle la revoir
avant de partir, lui expliquer son absence, lui dire toutes
ces choses qui ont traversées son esprit et ouvert
un appétit nouveau en elle.
Dès le lendemain, sans attendre quatorze heures,
Myriam emprunte le petit sentier et marche d’un
pas rapide vers son endroit de prédilection, son
endroit secret. Et, dès qu’elle entend le
ruisseau, son cœur s’emballe, sa respiration
s’accentue et se yeux cherchent. Elle regarde sa
montre. « Il est encore tôt »
se dit-elle en prenant place sur le bord de l’eau.
Et, histoire de passer le temps, de se distraire,
de s’occuper à quelque chose, elle retire
ses espadrilles et trempe ses pieds dans l’eau bienfaitrice.
Le temps passe, et elle observe sa montre à maintes
reprises. Toujours pas de Domila qui se pointe dans un
bruissement de branches à l’orée du
bois.
Le soleil descend dans le ciel, alors que Myriam décide
de quitter les lieux. Il est trop tard, Domila ne viendra
plus. Déçue et nostalgique, elle prend le
chemin du retour et, c’est tête basse qu’elle
regagne son domicile. Parvenue près de sa résidence,
Myriam regarde sa voiture et ressent une forte envie.
Elle entre à la maison, prends ses clés
et barre derrière elle. Elle doit savoir.
La petite voiture de Myriam roule sur la route qui la
conduit vers la maison de la grand-mère de
Domila. Au coin de l’entrée, elle hésite,
mais l’envie de savoir la gruge profondément.
Elle se stationne devant la vieille maison et frappe à
la porte. Dès que la porte s’ouvre, elle
reconnaît la grand-mère qui l’accueille
d’un merveilleux sourire.
— Bonjour madame…
— Bonjour ! Que puis-je faire pour vous, demande
la vieille dame ?
— Je suis une amie de Domila et, j’aimerais
bien la rejoindre, mais j’ai perdu ses coordonnés.
Vous pourriez m’aider ?
— J’ai bien son téléphone quelque
part, mais elle n’est pas chez elle. Elle a quitté
pour quelques jours. Attendez, on ne sait jamais avec
elle, peut-être est-elle revenue.
— Merci, vous êtes gentille…
La vieille dame s’éloigne en claudiquant
se portant sur chaque meuble et fouille des papiers épars
sur un vieux bureau. Finalement, elle trouve ce qu’elle
cherche et écrit le numéro. De retour vers
Myriam, elle l’examine des pieds à la tête
sans discrétion. Myriam se sent mal dans sa peau.
Que pense ce vieille dame en la regardant ainsi ?
Et, prenant le papier, elle le cale dans sa main et remercie
la grand-mère pour sa gentillesse. Lorsqu’elle
remonte en voiture, Myriam a le cœur qui bat dans
une poussée effrénée. Elle démarre
et reprend l’entrée en marche arrière.
Elle tient encore le papier dans sa main et le place sur
la console bien retenue contre le vent qui pénètre
par les vitres ouvertes. Elle roule vers chez elle, dépassant
les limites de vitesses sans trop de rendre compte. Heureusement,
elle est tout à côté. Elle freine
brusquement et claque sa portière en s’éloignant
rapide-ment vers la maison. Nerveuse, elle a de la difficulté
à débarrer la porte, qu’elle pousse
de son pied. Et, sans prendre la peine de la refermer,
elle atteint le téléphone. Aussitôt,
elle compose le numéro griffonné sur le
précieux bout de papier. La sonnerie se fait entendre
et entendre, mais personne ne décroche. Myriam
mordille l’ongle de son index, impatiente que quelqu’un
décroche le combiné. Pourtant, la sonnerie
devient interminable et de plus en plus lourde à
ses oreilles. Elle dépose le combiné, le
cœur rempli de tristesse. Peut-être que, dans
sa nervosité, a-t-elle mal composé ?
Elle reprend le papier et, prenant bien son temps, elle
refait le numéro. L’intermi-nable et irritante
sonnerie vient encore une fois la harceler. Elle raccroche,
empreinte d’une nervosité incontrôlable.
Elle s’appuie contre le mur et ravale son mécontentement.
Une multitude de questions viennent la frapper. Pourquoi
ce comportement ? Comment est-elle venue à se morfondre
à ce point ? Pourquoi cette envie si profonde
en elle ? Les confidences de Jacynthe lui auraient-elles
ouvert l’appétit envers Domila au point qu’elle
devienne incontrôlable ? Les images de la dernière
rencontre frappent sa mémoire. Elle revoit le visage
si doux et pétillant de Domila, ses seins invitants,
sa main très douce sur son genou. Myriam caresse
son corps afin de répondre à son désir
grandissant. Là, appuyée contre le mur,
la porte encore ouverte, elle touche ses seins en y retirant
un grand plaisir. Elle serre ses mamelons comme jamais
auparavant, les faisant durcir au point qu’elle
en ressente une douleur bienfaisante. Sa main glisse sur
son ventre et rejoint son sexe en ébullition. Elle
se donne satisfaction, poussée par les images du
corps de Domila qui vient lui procurer cette folle envie
de jouir intensément.
Satisfaite dans son corps, elle replace ses vêtements,
les jambes encore tremblantes d’avoir atteint ce
plaisir, elle se dirige vers la salle de bain. Quelques
coulées d’eau sur son corps lui apporte un
bien être quelle déguste. Elle enfile son
maillot et se rend à la piscine y faire un peu
d’exercice, histoire de se changer les idées.
* * * * *
Steve est de retour à la maison, heureux de retrouver
sa compagne. Elle se colle contre lui comme pour remplacer
le manque de Domila. Elle sait qu’elle aime Steve
avec tout son cœur, mais depuis quelques temps, Domila
est venue changer bien des choses en elle. Elle se sent
mal à l’aise de ce sentiment qui s’émisse
entre elle et Steve. Elle voudrait tout lui avouer, tout
lui dire, mais elle ne le peut pas. Elle a honte de lui
dire ces choses, elle craint sa réaction. La tête
appuyée contre la poitrine de Steve, elle savoure
ce moment de bien être de se sentir ainsi protégée
dans les bras de son homme. Mais, quelque part, elle se
voit une certaine culpabilité envers lui. Elle
ressent l’effet d’une barrière qui
s’est installée dans leur complicité
amoureuse, comme si elle lui dissimulait une porte secrète
dans son cœur. Elle se griffe contre lui, comme pour
s’empêcher de dire, d’avouer.
Steve savoure ce moment d’intimité, mais
le doute que quelque chose ne va pas l’envahit progressivement.
Myriam a changé ces derniers temps, mais en quoi
? Voilà la question qui le chiffonne. Peut-être
que, les vacances aidant, lui confiera-t-elle ? Aurait-elle
un autre homme dans sa vie ? Devra-t-il payer le prix
de l’absence prolongée et répétitive
? Son travail serait-il venu à bout de leur amour
? Ce qu’il lui offre n’est-il plus satisfaisant
pour elle ?
chapitre 5 |